Développeur, profession en danger

Beaucoup de choses tournent à l’envers dans notre monde. Il y aurait pas mal de choses à dire à ce sujet mais ce n’est pas l’objet de ce site. Cependant si on s’en tient au monde de l’informatique et qu’on se limite à la France (même si d’autres pays sont sans doute concernés), on constate une aberration concernant la considération de la profession de développeur.

Notre civilisation dépend des logiciels

De moins en moins de développeurs envisagent leur profession à long terme. Il ne s’agit pour eux que d’une étape les menant vers le management, le conseil ou autre. Or, les solutions logicielles développées par la profession sont devenues omniprésentes dans notre société et la tendance n’est pas prêt de changer. Alors que fera t’on quand nous aurons davantage de managers et de consultants que de développeurs ? N’est ce pas déjà le cas dans certaines entreprises ?

Robert Martin (L’une des figures emblématiques du monde du développement logiciel agile) dans son interview réalisée par Xebia, cerne très bien la situation :

Extrait de l’interview de Robert Martin

  • Xebia : In many companies writing code is a low level job. How can we move the line and make the profession better recognized?
  • Robert Martin : Imagine the absurdity of that idea, ie; programming is a low level, unskilled profession and that nobody should be a programmer for too long because one needs to move on to better things like management ect. We have created a situation where the priority of every programmer is to not stay a programmer. That is absurd because our civilization depends on software.

Traduction personnelle :

  • Xebia : Dans de nombreuses entreprises écrire du code est un travail de bas niveau. Comment pouvons-nous changer la donne et rendre la profession mieux reconnue ?
  • Robert Martin : Imaginez l’absurdité de la situation, à savoir : la programmation est une activité de bas niveau, une profession non qualifiée et personne ne devrait être un programmeur trop longtemps, car on a besoin d’évoluer vers des activités plus nobles comme la gestion de projet ou autres. Nous avons créé une situation où la priorité de chaque programmeur est de ne pas rester un programmeur. C’est absurde, parce que notre civilisation repose sur le logiciel.

Prise de conscience des écoles et des entreprises

On peut s’interroger sur le discours que tiennent les enseignants dans les écoles « avec ton diplôme d’école d’ingénieur, tu pourras rapidement prétendre à être chef de projet ». Comme si manager des hommes était une fin en soi. On peut également s’interroger sur la valorisation de la profession par les entreprises. Nous mesurons déjà les effets de ces causes (et d’autres qui m’auraient échappées) : recrutement difficile et de plus en plus à l’étranger, lacunes de l’enseignement à combler, turn-over sur les projets,…

Il est peut être temps pour les entreprises et les écoles de revoir leur copie.

Développeur, une noble profession

La profession de développeur nécessite de grandes qualités et mérite davantage de reconnaissance.

Les langages de programmation ont évolué, le langage procédural plus facile à maîtriser a cédé la place à l’objet pour nous permettre de réaliser toutes les choses extraordinaires que nous connaissons aujourd’hui. La maîtrise du langage à lui seul ne suffit plus, de nombreuses technologies ont vu le jour et évoluent à vue d’oeil. Les besoins et les technologies sont de plus en plus complexes.

Le développeur doit à la fois :

  • Comprendre le besoin et les aspects fonctionnels associés dans les moindres détails.
  • Maîtriser différents langages de programmation et technologies associées.
  • Faire preuve d’une grande concentration intellectuelle pour transformer le besoin en code qui fonctionne. Parfois dans des conditions difficiles. Si vous n’avez jamais codé, imaginez passer votre journée à enchaîner des parties d’échecs dans un open space rempli de personnes en interactions entre elles et avec vous même.
  • Travailler sous pression (critiques, bugs, livraisons, incidents de production,…)
  • Mettre régulièrement à jour ses connaissances compte tenu de l’allure à laquelle les technologies et langages évoluent.

J’ai souvent vu des développeurs devenir consultants fonctionnels mais jamais l’inverse. La raison est simple, le métier de développeur ne s’improvise pas et nécessite de compétences solides et variées. C’est d’ailleurs à mon sens ce qui rend ce métier si passionnant. Encore faut-il le valoriser. Si la programmation n’était pas déjà un « art », elle l’est sans aucun doute devenue. Au même titre que la gestion d’un projet et d’une équipe.

A propos de l’auteur

Expert en gestion de projet et management d'équipe. Florent fait parti des pionniers de l'usage des méthodes agiles sur des projets à forts enjeux en France.